Ah, Voltaire. Grand penseur des Lumières, fin observateur de l’âme humaine… et apparemment aussi ambassadeur du travail acharné. Il nous livre cette belle maxime : “Le travail éloigne l’ennui, le vice et le besoin.” Une phrase qui claque, mais qui sent tout de même le slogan publicitaire d’un patron trop enthousiaste.
Mais alors, était-il un génie en avance sur son temps ou juste un optimiste invétéré qui n’avait pas prévu le travail sous pression, les emails à minuit et les open spaces bruyants ? Creusons la question.
L’ennui : travail, remède miracle ?
Il faut l’avouer, ne rien faire trop longtemps peut devenir insupportable. Mais est-ce que le travail est vraiment la solution ultime contre l’ennui ?
Prenons un exemple concret. Imaginez un lundi matin grisâtre où votre seule mission est remplir un tableau Excel en répétant les mêmes chiffres ou assister à une réunion où les trois seules phrases prononcées sont « On met ça en attente », « On fait un point la semaine prochaine », et « On va brainstormer dessus ».
Voltaire aurait-il survécu à ce supplice ? Rien n’est moins sûr. L’ennui ne disparaît pas, il s’adapte. Vous croyiez lui avoir échappé en étant occupé ? Il vous attend à l’angle du tableur, sournois et prêt à vous happer dans l’abîme du désespoir administratif.
Le vice : pas le temps de mal tourner ?
L’idée que le travail empêche les dérives est jolie sur le papier. Mais il faudrait préciser de quel vice on parle.
Parce que si travailler signifie manger trois barres chocolatées en moins de dix minutes pour survivre à une réunion, ou acheter des objets absurdes sur internet pour combler la frustration de la journée, alors oui, peut-être que le travail crée autant de vices qu’il en évite.
Sans parler des postes où la pression pousse directement vers des comportements douteux. Ce cher Voltaire aurait peut-être été surpris de voir que dans certaines sphères, le mélange “travail + pouvoir” devient le cocktail parfait pour des magouilles en costard-cravate.
Le besoin : vraiment réglé par le boulot ?
Là encore, Voltaire partait d’un principe séduisant : travailler permet de gagner sa vie.
Mais entre les salaires qui fondent comme neige au soleil, les loyers qui grimpent plus vite que le moral en fin de mois, et les contrats précaires qui vous rappellent que la sécurité financière est une douce illusion, il est peut-être temps de reconsidérer cette affirmation.
Parce que travailler ne garantit pas l’aisance, seulement une lutte permanente contre le découvert. Voltaire n’avait pas connu l’uberisation, les contrats précaires ni les postes où l’on demande “5 ans d’expérience pour un stage rémunéré en visibilité”. Il aurait peut-être ajouté un petit astérisque à sa citation.
Alors, verdict ? Voltaire était trop optimiste ?
On ne va pas lui en vouloir, après tout, à son époque, le travail était différent. Pas de mails à 23h, pas de burnout, pas de compétition insensée pour une augmentation de 50 centimes.
Mais aujourd’hui, si on devait actualiser son propos, il serait plus raisonnable de dire : 👉 « Le travail peut aider, mais il éloigne surtout le sommeil et l’envie d’envoyer des mails polis. »
Peut-être même que Voltaire lui-même aurait revu son jugement, après un passage obligé par une réunion inutile et trois heures de tâches administratives absurdes.
